Le besoin avant l’outil : une leçon de conception avec Padlet
Un outil peut être séduisant, intuitif et riche en possibilités. Mais est-ce une raison suffisante pour l’intégrer à une activité pédagogique ? Retour sur une réflexion qui m’a ramenée à un principe simple : partir du besoin avant de choisir l’outil.

Il y a quelque temps, j’ai eu envie de concevoir une activité pédagogique avec Padlet. J’avais découvert l’outil en 2025, pendant une formation en ingénierie pédagogique, et j’avais envie de l’explorer davantage dans un projet concret. Je suis donc partie de l’outil en cherchant une situation dans laquelle je pourrais l’utiliser.
En travaillant sur une activité autour du feedback, une question s’est pourtant posée : Padlet était-il réellement le format le plus adapté à ce que je voulais faire vivre à l’apprenant ? Le problème était finalement posé à l’envers : je cherchais quoi faire avec un outil, au lieu de partir de ce que l’apprenant devait faire.
La question n’était donc pas de savoir si Padlet était un « bon » ou un « mauvais » outil. Un outil numérique n’est pas pertinent ou non pertinent dans l’absolu. Tout dépend du besoin auquel il doit répondre, de l’objectif pédagogique poursuivi, de l’activité proposée et du contexte dans lequel elle s’inscrit.
Cette première piste m’a ainsi amenée à réinterroger l’adéquation entre le besoin de l’apprenant, l’objectif pédagogique, l’activité proposée et l’outil choisi. Et elle m’a ramenée à un principe essentiel en ingénierie pédagogique : la technologie doit être choisie au service d’un besoin et d’une intention pédagogiques, et non l’inverse.
Avant de se demander quel outil utiliser, il peut donc être plus utile de revenir à quelques questions simples :
Qu’est-ce que l’apprenant doit pouvoir comprendre, expérimenter ou faire ?
À partir de là, quelle activité peut réellement lui permettre de travailler cette compétence ?
Et seulement ensuite : quel dispositif, numérique ou non numérique, peut le mieux soutenir cette activité ?
Dans mon cas, Padlet avait d’abord été envisagé, puis écarté parce que le format ne permettait pas de soutenir suffisamment la mise en situation et la progression du cas que je souhaitais construire. Ce changement peut sembler minime. Pourtant, il modifie profondément la logique de conception.
On ne cherche plus une utilisation pédagogique à un outil que l’on souhaite tester. On commence par définir le problème ou le besoin, puis l’objectif, l’activité et les conditions d’apprentissage. L’outil devient alors une décision de conception parmi d’autres.
C’est aussi une manière de résister à une tentation assez fréquente dans le digital learning : découvrir un nouvel outil, une nouvelle fonctionnalité ou une nouvelle technologie et chercher immédiatement comment l’intégrer à une formation. Explorer les outils reste utile. Mais les connaître ne signifie pas devoir les utiliser.
Parfois, la meilleure décision de conception consiste justement à renoncer à l’outil que l’on avait initialement envie d’utiliser.
L’enjeu de la conception pédagogique est alors de revenir au point de départ : le besoin avant l’outil.
Sources et démarche
Cette réflexion s’appuie à la fois sur des situations et des formulations observées dans différents contextes professionnels, puis reformulées et anonymisées, et sur des travaux consacrés au feedback en contexte d’apprentissage.
- Girardet, C. (2024). Feedback (rétroaction). Encyclopé-LEeE, Université de Genève.